Jean-Louis Touraine

02 Mar

Le médicament en France : une autre politique de santé publique est possible

Le 29 février dernier, à l'invitation du Progrès, j'ai participé au débat intitulé « Les enjeux du médicament en Rhône-Alpes », en compagnie de la Secrétaire d'Etat à la Santé, des représentants de l'industrie pharmaceutique et des usagers.

Au cours de ce débat, j'ai tout d'abord rappelé les insuffisances de la loi votée le 29 décembre 2011 sur la sécurité du médicament. En effet, les conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, cause première du drame du Médiator, ne sont toujours pas corrigés de manière significative. Preuve en est, les décisions des autorités sanitaires reposent encore exclusivement sur des études menées par les entreprises sur leurs propres produits, et non sur des expertises indépendantes.

Alors que les scandales du Médiator, des prothèses PIP ou encore la désastreuse gestion de la vaccination contre la grippe H1N1 ont profondément mis à mal la confiance des Français, diaboliser les médicaments par des mises en garde excessives, comme s'apprête à le faire le Gouvernement, est une erreur. Au contraire, la confiance des Français ne pourra être restaurée que par un véritable soutien des pouvoirs publics aux victimes d'accidents médicamenteux et par la mise à disposition d'une information précise et transparente sur les médicaments et leurs effets indésirables.

Aussi, le travail des parlementaires socialistes au cours de cette mandature aura permis de définir les axes d'une autre politique de santé publique. Pour, demain, mieux maîtriser les dépenses de santé, il est temps de mettre en place une véritable campagne de promotion des génériques, par une baisse de leur prix et une politique de remboursement incitative. Il faudra également poser la question du volume de médicaments consommés en France. Notre pays est depuis longtemps le 1er consommateur de médicaments en Europe, avec un coût important pour la collectivité publique et des effets sanitaires néfastes.

C'est pourquoi notre politique de santé devra s'appuyer sur l'idée de « prescrire moins et consommer mieux ». A la place de franchises médicales absurdes, censées responsabiliser les consommateurs par le bâton de la sanction financière, ce sont les professionnels de santé, prescripteurs de médicaments, qu'il faut responsabiliser. Pour ce faire, la rémunération de certains médecins généralistes au forfait, et non plus à l'acte, permettra de mettre un terme à la logique selon laquelle une consultation = une ordonnance. Pour aller plus loin, il serait également souhaitable de réformer la formation initiale des médecins sur le médicament : en renforçant les enseignements en pharmacologie, en économie de la santé, mais aussi en développant les formations sur l'écoute, la gestion de la relation avec les patients, et les alternatives au médicament.

Enfin, il était nécessaire de rappeler qu'un des enjeux premiers du médicament reste notre capacité d'innovation et de recherche. Malgré le fait que le gouvernement ait porté un coup terrible à ce secteur en interdisant la recherche sur les cellules souches, notre leadership peut être conservé en renforçant les moyens consacrés à la recherche fondamentale, en incitant les industries pharmaceutiques à s'investir financièrement dans cette recherche en amont et en multipliant les pôles de compétitivité sur le modèle du Biopôle lyonnais.

Dernière modification le mercredi, 12 décembre 2012 16:40
 

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