Jean-Louis Touraine

23 Jui

Retour sur la conférence : questions de bioéthique

Vous étiez un peu plus d'une soixantaine vendredi dernier en mairie du 3ème pour échanger avec moi sur les questions de bioéthique, dans un contexte où les parlementaires préparent la révision des Lois Bioéthique.

Avec les progrès techniques que la médecine a connus ces dernières années, des questions totalement nouvelles se sont posées à nous. Recherche sur les cellules souches, clonage thérapeutique, gestation pour autrui, anonymat des donneurs de sperme, dons d'organe, greffes, euthanasie, autant de sujets qui peuvent toucher chacun d'entre nous. Aussi, se saisir ensemble de ces questions évite une confiscation du débat par les seuls experts, et c'est pourquoi, en tant que député et professeur de médecine, j'ai tenu à rendre ce débat accessible aux Lyonnais.

Parler de bioéthique ce n'est pas faire de la morale, ou dire ce qui est bien ou mal dans la science. A mes yeux, parler de bioéthique c'est tenter de définir quels sont les progrès qu'il faut encourager et quelles sont les limites à ne pas transgresser. Il s'agit de prendre en compte notre devoir de protéger les personnes les plus vulnérables lorsqu'on fait de la science. Surtout, la bioéthique doit rester une réflexion permanente, sans positions absolues ou figées, qui sait avancer avec le développement des techniques. D'où la nécessité de lois modifiables tous les cinq ans.

Contrairement aux pays anglo-saxons qui légifèrent peu sur ces questions, du fait d'un système de droit jurisprudentiel, la France, pays de droit romain, se caractérise par une grande tentation à interdire par la loi. Cependant cette prudence apparaît excessive, elle accroît l'inflation législative qui sévit au Parlement, mais, essentiellement, la frilosité française nuit aux progrès scientifiques et nous fait prendre du retard au niveau international. L'administration Obama l'a bien compris en levant les restrictions sur la recherche sur les cellules souches (restrictions imposées par G. W. Bush pour des raisons religieuses) : expliquer, ne pas légiférer à tout va, débattre, sont les solutions qui permettront de faire avancer la médecine et le progrès humain, sans frilosité.

De la naissance à la mort des individus, la bioéthique se trouve en dialogue constant avec la recherche scientifique. Parmi les thèmes que nous avons abordés vendredi dernier, en voici quelques-uns particulièrement importants aujourd'hui.

Quand commence la vie et à partir de quand la protéger ? Un consensus existe en France : la vie se construit par étapes progressives jusqu'à la formation d'un fœtus viable, et l'embryon n'est pas encore une vie en tant que telle. Les cellules souches d'embryon ne méritent donc pas d'être sacralisées. Faut-il rappeler la position actuelle de la France, pour le moins hypocrite, qui interdit les recherches sur les cellules souches d'embryon tout en autorisant leur importation ainsi que des « périodes d'essai » où l'interdiction est levée ? Le Conseil d'Etat, qui n'est pourtant pas une institution des plus libérales (au sens anglais du terme) a considéré qu'on pouvait tout à fait autoriser de telles recherches. Le Parlement devrait dont suivre ces recommandations et se calquer sur ce qui se fait dans ce domaine dans les autres grandes puissances mondiales. A mon avis, il nous faut encadrer plutôt qu'interdire.

Par ailleurs, nous avons parlé du diagnostic in utero de maladies non mortelles. Si ce diagnostic prénatal concerne le bien-être de nos enfants, il touche aussi notre passé. Certaines maladies très graves détectées chez le fœtus justifient tout à fait une IVG. Toutefois, il existe des maladies vénielles qui sont détectables mais pour lesquelles un arrêt de grossesse pose problème. En effet, si la médecine permet de « faire le tri » entre fœtus « normaux » et « anormaux », les dérives eugénistes ne sont pas loin. L'expérience nazie nous rappelle crûment les égarements de la médecine en matière de contrôle des naissances. Nous devons rester vigilants.

Nous avons enfin abordé le don d'organes : c'est une urgence sanitaire de premier ordre. Acte de solidarité interhumain, nous devons nous saisir de cette question car les listes de patients en besoin de greffe s'allongent de jour en jour. Or, nous sommes un des derniers pays occidentaux à pratiquer les dons d'organes interfamiliaux. La réticence de notre civilisation à penser la mort et le manque d'explications sur ce que constitue le prélèvement d'organes font que la pénurie s'aggrave, et favorisent le développement du trafic à l'étranger. Pourquoi craindre ce prélèvement à caractère altruiste sur les individus décédés alors que tout le monde accepte l'autopsie à caractère marchand en cas d'accident, pour déterminer quelle assurance devra payer les frais causés par cet accident ? Le travail de deuil n'est-il pas le même au final ? Ces questions sont difficiles, mais il est primordial d'en discuter.

En conclusion, je pense qu'il est essentiel dans le débat sur la bioéthique de discuter de la façon la plus rationnelle possible. Nous nous sommes déjà familiarisés avec certaines pratiques, comme le don de sperme, ou les « bébés éprouvettes ». Nous pouvons donc accepter encore plus d'innovations, et nous orienter vers de plus grands progrès.

N'hésitez pas à me faire parvenir votre sentiment sur ces questions jusqu'à la rentrée prochaine, via la rubrique contact, afin que je puisse porter votre voix au sein du groupe de révision de ces lois !

 

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