Jean-Louis Touraine

Question au Gouvernement

Madame la Ministre, Le Conseil National de la Résistance a créé en 1945 la Sécurité Sociale, bel ouvrage de solidarité nationale qui a permis à la France de se hisser au niveau de 1er pays du monde en terme de santé pour tous, à la fin du XXème siècle. Ce système est mis à mal par vos diverses mesures dont la plus emblématique est l'instauration de taxes pour les malades, ce que vous appelez des « franchises médicales ». Fini le beau principe de la cotisation de chacun en fonction de ses moyens et du bénéfice pour tous selon leurs besoins. Certes, vous gardez le nom « sécurité sociale » mais vous le videz de son sens en transférant vers l'Assurance privée une grande partie de son activité. C'est ce que j'appelle l'apoptose de la sécurité sociale, sa mort programmée.

Les franchises médicales imposées aux malades porteront un rude coup au pouvoir d'achat des classes moyennes et basses, des malades chroniques, des personnes âgées. Elles s'ajoutent, de façon choquante, aux déremboursements de plus en plus nombreux, lesquels ne concernent plus les seuls médicaments dits de confort. Les franchises médicales vont également dissuader nombre de patients de se faire soigner précocement et efficacement. Un certain nombre d'entre eux, dont des malades du SIDA, des diabétiques et des insuffisants rénaux, ont entrepris une grève des soins, ce qui comporte bien sûr des risques importants, pour eux surtout mais aussi pour la santé publique. L'ensemble de ces patients se sent pénalisé, rejeté et « coupable d'être malade ». Face à ce drame, vos réponses apparaissent en décalage, sans compassion ni empathie. Celle effectuée par écrit par le Président de la République est en outre fausse, traduisant la méconnaissance par M. Sarkozy des lois qu'il a suscitées : non, les franchises médicales ne peuvent pas, au terme de la loi, être assurées par des organismes complémentaires et ne peuvent donc pas être remboursées.

La plupart des malades n'ont d'autre solution que de payer ou de renoncer aux soins ! Ne nous dites pas que ces franchises seraient nécessaires à la prise en charge de la maladie d'Alzheimer ou des cancers. Nous sommes loin du compte et nous vous avons proposé d'autres ressources plus importantes, non prélevées au détriment des malades. Vous êtes restés autistes à nos propositions. Ma question est simple, Madame la Ministre : Accepteriez-vous de revenir sur cette mauvaise mesure ? Sinon, pouvez-vous au moins promettre à la Représentation Nationale que vous n'augmenterez pas, pendant les cinq années, les franchises médicales, au-delà des taux actuels, déjà très mal supportés, afin de nous permettre, sans trop de difficultés, de les supprimer ultérieurement et de faire retrouver à notre pays le sens de la solidarité ?

 

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