Jean-Louis Touraine

02 Juil

Travail dominical : une régression sociale

Le projet de loi sur le travail le dimanche avait déjà été présenté devant l'Assemblée Nationale en décembre, et déjà je m'y étais opposé (cliquez ici). L'été arrive et rebelote, voici que le texte ressort de ses tiroirs, modifié mais toujours injuste.

Qu'on se le dise, malgré la teinte « sociale démocrate » dont le Président cherche à lustrer ses discours, la logique libérale de la majorité présidentielle demeure implacable. Encore une fois, la sécurité des salariés est menacée par le projet de loi sur le travail le dimanche, qui cherche à étendre les dérogations au droit commun aux « communes touristiques » et aux « périmètres d'usage de consommation exceptionnel » (Puce). Seraient concernées à termes jusqu'à 6 000 communes, dont Lyon, Toulouse, Marseille, Lille, Grenoble et de nombreuses autres grandes villes.

Dernière réforme sur la table, cette proposition de loi qui avait déjà fait controverse, notamment au sein même des rangs de la droite, a récemment été retoquée par le député UMP Richard Mallié, grand adepte du « travaillez plus... ». Que signifient ces nouvelles dérogations ? Pour le patronat, certainement une grande aubaine de faire des économies sur des salaires qui ne seraient plus doublés les dimanches. Pour les salariés, le risque de ne pas recevoir de compensations pécuniaires en échange de leur travail le dimanche. Les employeurs pourraient, sur ces territoires, imposer le travail le dimanche, sans autorisation individuelle préalable et sous peine de sanction pouvant aller jusqu'au licenciement. En outre, ce projet de loi contribuerait à accentuer les inégalités entre les commerces de proximité et ceux de la grande distribution. Ces derniers recruteraient en effet beaucoup plus facilement les travailleurs dominicaux que les petits commerces, et cela entrainerait une concurrence déloyale et la fragilisation de ces commerces de proximité.

Je comprends bien que certaines activités, notamment dans le tourisme ou la restauration nécessitent des adaptations, et une certaine souplesse encadrée, surtout lorsqu'il s'agit de développer l'économie d'une région. Mais ne nous y trompons pas : le discours de la majorité est celui d'une « liberté » de travailler, qui serait basée sur le « volontariat », or il est clair que les salariés n'auraient pas le choix la plupart du temps.

De plus, l'ouverture des commerces le dimanche n'aura pas les effets économiques escomptés par le Gouvernement. Et ce pour deux raisons. Première raison : le travail le dimanche provoquerait à terme une augmentation des prix de 3% à 5%selon des études sur le sujet. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que l'ouverture d'un jour de plus dans un commerce se traduit par une augmentation des charges et des salaires pour l'employeur ? Deuxième raison : alors que la majorité prétend que l'ouverture des commerces le dimanche permettrait aux Français de consommer à leur guise, les études montrent qu'en fait, les Français consommeront autant mais étaleraient leurs achats sur 7 jours au lieu de 6. Quand le pouvoir d'achat se rétrécit avec la crise, comment l'UMP peut-elle toujours décemment affirmer que le travail du dimanche signifierait la possibilité de consommer plus ?

Le travail du dimanche doit être encadré strictement et rémunéré à sa juste valeur. Il doit rester une exception, car il ne faut pas oublier que le dimanche est un jour privilégié pour la famille, le repos, les loisirs. L'épanouissement des individus ne passe pas uniquement par le travail et la consommation, et les Français doivent pouvoir continuer à « prendre le temps » une fois par semaine. C'est fondamental pour une démocratie sociale soucieuse du bien-être de ses citoyens. Le projet de loi de Richard Mallié est, lui, porteur de régression sociale. Les arguments économiques qui sous-tendent son argumentaire sont spécieux. La précarisation des travailleurs dont sa loi est porteuse est absolument scandaleuse, et nous rappelle que les promesses de Nicolas Sarkozy de réaffirmer le « modèle social de la République française » ne sont qu'un apparat clinquant de plus dans sa panoplie présidentielle.

Dernière modification le lundi, 17 décembre 2012 10:56
 

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