Jean-Louis Touraine

20 Nov

Sida : dépistage général et gratuit

J'ai publié, en tant que Vice-président du groupe d'études SIDA à l'Assemblée nationale, une tribune dans le quotidien Libération conscrée au dépistage de cette maladie et que vous pouvez tretrouver ci-dessous.

Madame Roselyne Bachelot, ex-ministre de la Santé, a entendu la demande d'un dépistage beaucoup plus large de l'infection à VIH. Le « Plan sida 2010-2014 », dans sa version corrigée, comporte une telle mesure, indispensable pour prévenir presque complètement les nouvelles contaminations, comme l'a montré un modèle mathématique de l'épidémie.

Il est urgent de dépister et traiter la quasi-totalité de la population infectée par VIH puisqu'il existe dans notre pays 50 000 personnes porteuses du virus sans le savoir. Ils contribuent aux 7 000 à 8 000 nouvelles contaminations annuelles. La généralisation du dépistage incitera au traitement d'un fort pourcentage des séropositifs, avec deux bénéfices : moins d'effets néfastes du VIH chez les patients et moins de transmission d'infection puisque la quantité de virus sera considérablement diminuée chez eux et qu'ils utiliseront des préservatifs.

Le paradigme des années 1985-1995 est révolu : le dépistage systématique était alors écarté car sans bénéfice pour le patient (en l'absence de traitement) ni pour la santé publique ; il était même redouté car susceptible de provoquer des stigmatisations ou des discriminations. Le développement de thérapeutiques efficaces incite à une autre réflexion, d'autant plus que le traitement a son effet bénéfique maximum lorsqu'il est introduit précocement. Il importe donc d'organiser ce dépistage général et gratuit, en impliquant l'ensemble de la chaîne des professionnels de santé, au premier rang desquels les généralistes et les biologistes (pour ne pas renouveler l'erreur de la vaccination mal programmée contre la grippe H1N1). Il faut aussi solliciter des membres de la société civile, afin de véhiculer des messages positifs et persuasifs, d'un style « non institutionnel ».

Surtout, il est nécessaire de prévoir des moyens humains et budgétaires adaptés. Prévoir 200 millions d'euros par an pendant cinq ans ne fait pas le compte. Le coût sera en effet celui de la diffusion des messages, de la réalisation des examens de dépistage, puis de la prise en charge du traitement et du suivi de 50 000 sujets infectés supplémentaires, ce qui suppose des budgets, des médecins, des infirmières. Cela n'est pas compatible avec les regrettables mesures actuelles de réduction du nombre des services hospitaliers spécialisés dans l'infection à VIH. Il n'est pas raisonnable non plus de diminuer les moyens financiers de soutien à des associations qui devront accueillir un effectif de plus en plus élevé de séropositifs et de malades.

Etendre cet effort à d'autres pays sera souhaitable et il n'est sûrement pas opportun que la France perde sa place de choix, après les Etats-Unis, dans la lutte mondiale contre le sida. Il serait également inhumain et incompréhensible que l'on cesse de soigner des malades du sida en France, sous prétexte qu'ils sont étrangers. Le choquant amendement Mariani à la loi « immigration, intégration, nationalité » stipule que le traitement n'est délivré en France, pour les étrangers, que s'il n'existe pas dans leur pays d'origine. Dans beaucoup de pays, malheureusement, les traitements ne sont pas accessibles à de larges pans de la population. De plus, ne pas soigner en France ces malades étrangers implique d'accepter qu'ils participent à la chaîne de propagation du VIH, ce qui est une ineptie en terme de santé publique.

Une possibilité très réelle de faire régresser l'épidémie de sida à moyen terme existe maintenant. La laisser passer serait coupable. La saisir demande une volonté, une organisation, une adhésion de la population et des moyens additionnels. Est-ce trop demander, quand on pense au bénéfice humain immédiat et aux économies que générera demain cette prévention ?

 

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